Le cri d’alarme lancé depuis le siège des Nations Unies à New York par Rob Syfret et Mohammad Sediq Rashid est sans équivoque : sans déminage massif, il n’y aura ni paix durable, ni secours possible. En mars 2026, l’Éthiopie et le Soudan font face à un défi titanesque. Si les armes se taisent parfois, les restes explosifs de guerre (REG) continuent, eux, de tuer en silence, transformant des régions entières en zones de non-droit où l’accès humanitaire est devenu une roulette russe.
Au Soudan, la situation atteint un seuil de complexité inédit. Contrairement aux conflits ruraux classiques, la guerre actuelle s’est déplacée au cœur des villes. Khartoum est désormais un labyrinthe de décombres piégés. L’identification de sept champs de mines au sein même de la capitale marque un tournant sinistre : les explosifs se nichent dans les écoles, les hôpitaux et les habitations privées. Cette “contamination urbaine” rend toute tentative de retour des déplacés ou de réhabilitation des infrastructures de base (eau, électricité) techniquement impossible sans une intervention de déminage de longue haleine.
Pour l’Éthiopie, l’enjeu est avant tout la prévention d’une rechute. Rob Syfret souligne que la stabilité de la Corne de l’Afrique est suspendue à la capacité du pays à nettoyer ses terres. La contamination héritée des récents affrontements entrave la relance agricole, pilier de l’économie nationale. Dans un contexte de choc pétrolier mondial où les prix alimentaires s’envolent, l’impossibilité de cultiver des terres fertiles à cause des mines terrestres crée un cocktail explosif de famine et de frustration sociale, terreau fertile pour une reprise des hostilités.
Le Programme d’action contre les mines de l’ONU (UNMAS) insiste sur une réalité souvent oubliée : le déminage est la “condition préalable” à tout effort de développement. On ne peut pas reconstruire un pont, rouvrir une route commerciale ou acheminer des médicaments si le terrain n’est pas sécurisé. En 2026, la lutte contre les mines n’est plus une question technique secondaire, c’est le goulot d’étranglement de toute la chaîne humanitaire internationale en Afrique de l’Est.
Le manque de financement et de sensibilisation dénoncé par les responsables onusiens révèle une fatigue des donateurs alors que les besoins explosent. Pourtant, le coût de l’inaction est bien plus élevé : chaque dollar investi dans le déminage aujourd’hui permet d’économiser des dizaines de dollars en aide alimentaire d’urgence demain. L’appel de New York est donc un plaidoyer pour un investissement stratégique dans la sécurité physique des sols, afin de permettre à l’Éthiopie et au Soudan de sortir de l’économie de guerre.
La contamination par les explosifs en 2026 agit comme une hypothèque sur l’avenir de millions d’Africains. Si l’accord de Washington apporte un espoir à l’Ouest, l’Est reste prisonnier de ses propres décombres. La communauté internationale doit comprendre que la paix ne se signe pas seulement sur du papier dans des bureaux climatisés, elle se gagne aussi centimètre par centimètre, sur le terrain, en arrachant de la terre les stigmates des conflits passés et présents.






























