Le dernier Indice mondial du terrorisme (GTI) 2025, publié par l’Institute for Economics and Peace, ne laisse place à aucune ambiguïté : le Sahel est devenu le cœur battant de l’instabilité mondiale. Pour la troisième année consécutive, cette bande de terre concentre près de la moitié des décès liés au terrorisme à l’échelle du globe. Ce constat clinique cache pourtant une réalité plus complexe : nous ne sommes plus face à une simple insurrection locale, mais devant une machine de guerre asymétrique qui, tout en s’enracinant au Burkina Faso et au Niger, commence à déborder inexorablement vers le littoral ouest-africain.
Le cas du Niger illustre parfaitement cette dégradation accélérée. Propulsé à la troisième place du classement mondial en 2025, le pays a vu le nombre de victimes bondir à 703 morts, dont une majorité de civils. Cette statistique souligne l’échec des stratégies de confinement et la vulnérabilité croissante des populations rurales. Alors que le Mali enregistre une baisse relative de la létalité, le Niger subit de plein fouet la réorganisation des groupes affiliés à l’État islamique et au GSIM, transformant le pays en un nouveau champ de bataille prioritaire pour le contrôle des routes de transhumance et de commerce.
Au Burkina Faso, épicentre de cette crise, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) opère une mue stratégique lourde de sens. En délaissant partiellement les massacres de civils pour cibler prioritairement les forces armées, le groupe cherche à briser l’appareil sécuritaire de l’État tout en tentant, paradoxalement, de légitimer sa présence auprès des populations locales. Cette « militarisation » de la violence vise à créer un vide institutionnel, facilitant l’instauration d’une gouvernance parallèle basée sur la charia, loin de l’image de simples bandits de grands chemins.
Le Nigeria, quant à lui, rappelle que la menace n’est pas monolithique. Avec une augmentation de 46 % des décès en un an (750 morts en 2025), le pays paie le prix d’une guerre fratricide et barbare entre l’ISWAP et Boko Haram. Cette dynamique de “concurrence terroriste” pousse chaque camp à une surenchère de violence pour affirmer sa suprématie sur le territoire. L’instabilité interne, couplée à une crise économique persistante, offre un terreau fertile où la guerre entre factions djihadistes devient plus meurtrière que leurs attaques contre l’État lui-même.
L’enseignement le plus inquiétant de ce rapport reste sans doute la “descente” du curseur vers le Sud. L’entrée fracassante du Bénin à la 19e place mondiale est un signal d’alarme pour toute l’Afrique de l’Ouest. Ce qui était considéré il y a quelques années comme une menace lointaine pour les pays côtiers est aujourd’hui une réalité quotidienne. Les parcs nationaux et les zones frontalières du nord du Bénin servent désormais de bases arrières et de zones de recrutement, prouvant que les groupes djihadistes ont réussi à s’adapter aux géographies forestières et à exploiter les frustrations sociales locales.
L’année 2026 marque un tournant : le terrorisme au Sahel n’est plus une crise conjoncturelle, mais un système pérenne qui s’ajuste aux frontières et aux politiques de défense. La baisse des chiffres au Mali ne doit pas être interprétée comme une victoire, mais comme un déplacement de la pression vers des maillons plus faibles du continent. Sans une réponse coordonnée dépassant le cadre strictement militaire pour s’attaquer aux racines de la gouvernance, le “verrou sahélien” risque de céder définitivement, ouvrant la voie à une instabilité chronique jusqu’au golfe de Guinée.






























