L’opération « Ndobo », fer de lance de la riposte sécuritaire du gouvernement congolais contre le banditisme urbain, vient de franchir un nouveau cap symbolique en ce mois de mars 2026. Avec plus de 400 arrestations ciblées de « Kuluna » rapportées entre fin février et début mars, le ministère de l’Intérieur tente d’afficher une reprise en main musclée de la capitale. Ces opérations de bouclage, menées principalement dans les districts de la Funa et de la Tshangu, visent à saturer l’espace public par une présence policière accrue et à neutraliser les noyaux de délinquance qui paralysent certains quartiers. Pourtant, cette démonstration de force peine à convaincre une population qui voit le spectre de l’insécurité muter vers des formes plus insidieuses.
Malgré l’accumulation des interpellations massives, le phénomène Kuluna fait preuve d’une résilience qui interroge l’efficacité d’une stratégie purement répressive. Les vols à l’arraché, les agressions à la machette et les extorsions sur les grandes artères persistent, souvent à quelques mètres seulement des patrouilles mobiles. Pour de nombreux Kinois, les vagues d’arrestations ne touchent que la “piétaille” des gangs, tandis que les structures de recrutement et les racines socio-économiques de cette délinquance chômage des jeunes et précarité extrême restent intactes. Ce décalage alimente un débat houleux sur la nécessité de coupler la répression à de véritables politiques de réinsertion pour éviter l’effet “porte tournante” des prisons.
Au-delà du banditisme classique, une nouvelle forme de terreur s’est emparée de la ville : la recrudescence spectaculaire des enlèvements. Ces dernières semaines, le mode opératoire des « kidnappings en Ketch » (petites voitures de transport) a plongé les familles dans une véritable psychose. Des disparitions signalées en plein jour, suivies de demandes de rançon ou, plus tragiquement, de découvertes macabres, ont transformé chaque trajet en taxi en un pari risqué. Les réseaux sociaux sont devenus le principal thermomètre de cette angoisse, multipliant les avis de recherche et les alertes citoyennes, souvent avant même que les services officiels ne puissent réagir, créant un climat de méfiance généralisée envers les transports publics.
Face à cette montée de la peur, le sommet de l’État a fini par sortir de sa réserve. À la mi-mars 2026, le président Félix Tshisekedi a exigé une « riposte sécuritaire ferme et sans complaisance » lors d’un conseil des ministres restreint, pointant du doigt les failles de coordination entre les services de renseignement et la police de proximité. Cette injonction présidentielle vise non seulement à rassurer l’opinion, mais aussi à sommer les responsables de la sécurité de produire des résultats concrets contre les réseaux de ravisseurs. La pression est désormais sur les épaules du vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, dont la gestion est de plus en plus critiquée au sein même de la classe politique.
L’onde de choc sécuritaire a en effet atteint les travées du Parlement, où la tension est palpable ce 18 mars. Le président du Sénat a publiquement alerté sur la dégradation du climat urbain, tandis qu’une question orale avec débat a été déposée à l’Assemblée nationale pour exiger des comptes au gouvernement sur l’inefficacité apparente de l’opération Ndobo face à la criminalité organisée. Les députés s’interrogent sur l’utilisation des fonds alloués à la loi de programmation de la police et sur l’absence de patrouilles mixtes permanentes dans les zones rouges. Pour les élus, le constat est sans appel : le sentiment d’abandon des citoyens kinois fragilise le contrat social et la légitimité des institutions.
Kinshasa se trouve en ce mois de mars 2026 à la croisée des chemins entre une militarisation de l’espace urbain et une demande de protection citoyenne plus intelligente. Si l’opération Ndobo a permis de retirer des centaines de délinquants des rues, elle n’a pas réussi à éteindre le sentiment d’impuissance face à une criminalité qui sait s’adapter et frapper au cœur de la vie quotidienne. La réponse aux enlèvements et au banditisme urbain ne pourra sans doute pas se limiter à des chiffres d’arrestations flatteurs ; elle devra passer par une réforme structurelle de la police de proximité et une restauration durable de la confiance entre le Kinois et celui qui est censé le protéger.






























