L’histoire rattrape la justice. Plus de soixante ans après l’assassinat de Patrice Lumumba, une nouvelle étape judiciaire s’ouvre en Belgique. Étienne Davignon, ancien diplomate et figure influente de l’establishment belge, comparaîtra devant le tribunal correctionnel de Bruxelles.
Âgé de 93 ans, il est aujourd’hui le dernier survivant parmi les ressortissants belges visés dans cette affaire. Une plainte avait été déposée en 2011 par les enfants de Patrice Lumumba, accusant plusieurs acteurs belges d’implication dans ce qu’ils qualifient de crime d’État.
Après plus d’une décennie d’instruction, la justice belge a décidé de renvoyer Étienne Davignon devant le tribunal. Le parquet fédéral retient contre lui plusieurs chefs d’accusation, notamment la détention illégale d’un prisonnier, son transfert forcé et des atteintes à ses droits fondamentaux. L’intention de tuer n’est cependant pas retenue dans les poursuites actuelles.
À l’époque des faits, au début des années 1960, Étienne Davignon était un jeune diplomate en poste en Afrique centrale. Selon l’accusation, sa position lui aurait permis d’être informé des opérations entourant l’arrestation et le transfert de Patrice Lumumba.
Figure centrale de l’indépendance du Congo, Patrice Lumumba avait été renversé dans un contexte politique particulièrement instable, marqué par la guerre froide, les tensions internes et les interventions étrangères. Il sera ensuite transféré au Katanga, où il sera exécuté le 17 janvier 1961, aux côtés de Maurice M’Polo et Joseph Okito.
Lors de l’audience, plusieurs membres de sa famille ont fait le déplacement. Constitués parties civiles, ils réclament justice et reconnaissance. Pour eux, ce procès représente une opportunité historique de faire toute la lumière sur les responsabilités belges dans ce drame.
La défense conteste fermement les accusations. Elle invoque notamment la prescription des faits ainsi que la durée jugée excessive de la procédure judiciaire.
L’affaire a été relancée ces dernières années grâce aux travaux de l’historien Ludo De Witte. Ses recherches ont contribué à documenter le rôle de certains acteurs civils et militaires belges dans l’exécution de Patrice Lumumba.
Ce procès s’annonce comme un moment clé. Au-delà du cas individuel de Étienne Davignon, il pose une question plus large : celle de la mémoire, de la justice et des responsabilités héritées du passé colonial.
Pour beaucoup, il ne s’agit pas seulement de juger un homme, mais de confronter une page sombre de l’histoire.




























