La France a officiellement restitué, le 20 février, le tambour sacré Djidji Ayôkwé à la Côte d’Ivoire, plus d’un siècle après sa saisie par les troupes coloniales en 1916. Cet instrument monumental, long de plus de trois mètres et pesant près de 430 kg, appartenait au peuple Ébrié et servait de « tambour parlant », un système de communication traditionnel permettant de transmettre des messages à distance entre villages.
Conservé pendant des décennies dans les collections publiques françaises, l’objet a été remis aux autorités ivoiriennes dans le cadre d’une nouvelle phase de restitutions patrimoniales. Il sera désormais exposé de manière permanente dans un musée en construction à Abidjan, où il deviendra l’une des pièces maîtresses du patrimoine culturel national restitué.
Cette restitution s’inscrit dans une dynamique politique et législative plus large à France, qui prépare l’adoption d’une loi visant à faciliter le retour d’objets acquis durant la période coloniale. Jusqu’ici, les restitutions étaient traitées au cas par cas, nécessitant des procédures parlementaires spécifiques. La future législation devrait permettre des restitutions massives, répondant aux demandes croissantes des États africains.
Le Djidji Ayôkwé fait partie des centaines d’artefacts africains conservés dans les musées français, souvent saisis lors d’expéditions militaires ou d’administrations coloniales. Des pays comme l’Algérie, le Mali ou le Bénin ont multiplié les requêtes pour récupérer leurs biens culturels, considérés comme des éléments essentiels de leur identité historique et spirituelle.
Au-delà de sa valeur artistique, le tambour restitue une mémoire collective. Chez les Ébrié, il incarnait l’autorité politique et la cohésion sociale : ses signaux rythmiques codifiés annonçaient décisions, cérémonies ou alertes. Sa disparition en 1916 avait marqué une rupture symbolique profonde, liée à la domination coloniale et à la désorganisation des structures traditionnelles.
Pour Paris, ces restitutions répondent aussi à un enjeu diplomatique : refonder la relation avec les anciennes colonies sur la reconnaissance du passé et le respect des patrimoines. Plusieurs pays européens se sont engagés dans des retours limités d’objets pillés, dans une approche mêlant réparation historique et coopération culturelle.
Le retour du Djidji Ayôkwé apparaît ainsi comme un jalon majeur du mouvement mondial de restitution. En rejoignant Abidjan, ce « tambour parlant » retrouve non seulement sa terre d’origine, mais aussi sa fonction première : porter la voix d’un peuple et d’une histoire longtemps confisquée.






























