La décision du ministre d’État en charge de la Justice, Guillaume Ngefa, de durcir les poursuites contre les infractions commises dans le cyberespace continue de provoquer un vif débat en République démocratique du Congo.
Dans un communiqué publié à Kinshasa, le ministre a rappelé que l’espace numérique congolais relève pleinement de l’ordre juridique national. Il ne peut, selon lui, devenir un territoire échappant à la loi. L’instruction adressée aux procureurs généraux vise à intensifier les poursuites contre les comportements jugés délictueux sur les réseaux sociaux.
Sont notamment concernés : la diffamation, les injures publiques, la propagation de fausses informations, le harcèlement en ligne, les menaces, l’incitation à la haine ainsi que les atteintes à la vie privée. Le ministre a également demandé aux magistrats d’envisager, lorsque les conditions légales sont réunies, le retrait de contenus illicites ou la suspension de comptes.
Le gouvernement affirme vouloir mettre fin à l’impunité numérique. Il insiste toutefois sur le respect des principes de légalité, de proportionnalité et du droit à un procès équitable. La Constitution, rappelle le ministère, protège la liberté d’expression, y compris lorsque le débat est vif ou critique.
Cette position ne fait pas l’unanimité.
Du côté des créateurs de contenu, la réaction est mesurée. Dady Michel Molongi, président de l’Association des influenceurs et créateurs de contenu national et diaspora, estime que la lutte contre les dérives en ligne est nécessaire. Mais il appelle à la prudence. Selon lui, la régulation ne doit pas étouffer un secteur devenu un levier économique pour de nombreux jeunes. Il plaide pour un encadrement clair, accompagné de sensibilisation et de formation.
Pour ces acteurs du numérique, l’enjeu est de préserver Internet comme espace d’innovation, d’expression citoyenne et d’opportunités professionnelles.
La tonalité est plus critique au sein de certaines organisations de défense des droits humains. L’ONG Justicia ASBL, par la voix de son coordonnateur Thimote Mbuya, redoute un usage politique de cette directive. Elle s’inquiète du contexte national marqué par des débats sensibles et des échéances électorales à venir. Pour cette structure, le rappel strict à l’ordre juridique pourrait servir à réduire les voix critiques.
Le débat met en lumière un équilibre fragile. D’un côté, la nécessité de protéger les citoyens contre les abus numériques réels. De l’autre, le risque d’une interprétation extensive de la loi susceptible de restreindre la liberté d’opinion.
Dans un pays où les réseaux sociaux occupent une place croissante dans la vie publique, la manière dont cette directive sera appliquée sera déterminante. Elle pourrait renforcer la confiance dans l’État de droit. Ou, au contraire, alimenter les tensions autour des libertés fondamentales.
La mise en œuvre concrète des poursuites annoncées sera donc scrutée de près, tant par les acteurs du numérique que par la société civile.






























