Alors que le Zimbabwe s’enfonce dans une crise politique majeure en ce début d’année 2026, la stratégie du président Emmerson Mnangagwa pour se maintenir au pouvoir se précise. Sous couvert de « stabilité et continuité », le régime déploie une répression systémique contre les voix discordantes, transformant la Constitution en un champ de bataille où les cagoules ont remplacé le débat démocratique.
L’alerte lancée par Human Rights Watch le 10 mars 2026 ne laisse place à aucun doute : le Zimbabwe est entré dans une phase de « siège » politique. En ligne de mire : le projet d’amendement constitutionnel (gazetté en février 2026 sous le nom de Constitutional Amendment No. 3) qui vise à porter le mandat présidentiel de cinq à sept ans, repoussant de facto les élections de 2028 à 2030. Ce tour de passe-passe légal permettrait à Mnangagwa, 83 ans, de contourner la limite constitutionnelle des deux mandats.
L’agression brutale du professeur Lovemore Madhuku, leader de la National Constitutional Assembly (NCA), survenue le 1er mars dernier, illustre la férocité de la répression. Encerclé dans ses propres bureaux par des hommes cagoulés agissant sous le regard passif de la police, cet éminent constitutionnaliste a été frappé à coups de batons pour avoir osé contester le projet devant les tribunaux. Quelques jours plus tard, le 5 mars, c’était au tour de l’opposant historique Tendai Biti de voir son cabinet d’avocats assiégé, recevant des menaces de mort explicites.
Pour le pouvoir, ces attaques ne sont que des incidents isolés ou des « provocations » de l’opposition. Pour les observateurs internationaux, il s’agit d’un « coup d’État constitutionnel » mené par la ZANU-PF. Fort d’une majorité écrasante au Parlement, le parti présidentiel n’a pas besoin de consensus ; il utilise la force pour étouffer le réveil d’une société civile qui réclame, en vain, un référendum populaire pour valider ces changements structurels.
Pourquoi une telle violence alors que la ZANU-PF contrôle tous les leviers du pouvoir ? La réponse réside dans la fragilité interne du régime. L’extension du mandat jusqu’en 2030 ne fait pas l’unanimité, même au sein du camp présidentiel, où les ambitions du vice-président Constantino Chiwenga créent des lignes de fracture. En réprimant Madhuku et Biti, Mnangagwa envoie un message autant à ses alliés qu’à ses ennemis : le trône n’est pas à vendre.
En 2026, le Zimbabwe semble plus isolé que jamais. La loi sur les organisations volontaires privées (PVO Act), signée en 2025, a déjà permis de démanteler de nombreuses ONG, laissant le champ libre aux forces de sécurité. Face à ce verrouillage, la communauté internationale et la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe) restent timorées, prisonnières d’une diplomatie de la “non-ingérence” qui ressemble de plus en plus à une complicité passive.
La bataille pour 2030 ne fait que commencer. Mais au Zimbabwe, l’encre des amendements constitutionnels est désormais mêlée au sang des défenseurs des droits. Si Mnangagwa parvient à ses fins d’ici deux ans, le pays risque de voir s’éteindre définitivement les espoirs de transition nés après la chute de Robert Mugabe en 2017.






























