Au cœur de la guerre civile qui ravage le Soudan, un nouveau front s’est ouvert : celui des réseaux sociaux. Une enquête du média d’investigation Bellingcat révèle que des enfants soldats impliqués dans le conflit soudanais deviennent de véritables figures virales sur la plateforme TikTok, où leurs vidéos cumulent des centaines de milliers d’abonnés et des millions de vues.
Les images analysées montrent de très jeunes garçons, souvent vêtus d’uniformes militaires, apparaissant aux côtés de combattants armés appartenant aux deux camps : les Forces de soutien rapide (FSR) et les Forces armées soudanaises (FAS). Dans plusieurs séquences désormais supprimées, ces mineurs sont filmés près des lignes de front, parfois en possession d’armes, célébrant des victoires militaires ou prononçant des discours belliqueux.
Dans cette mise en scène numérique de la guerre, ces enfants sont souvent présentés comme des « lionceaux » du combat, une rhétorique destinée à glorifier leur engagement et à renforcer l’image héroïque des factions armées. Les comptes associés à ces jeunes combattants sont parfois relayés par des réseaux de propagande, amplifiant leur visibilité et transformant certains d’entre eux en véritables symboles de mobilisation pour leurs camps respectifs.
Les spécialistes des conflits et des droits de l’enfant tirent la sonnette d’alarme. Selon eux, cette instrumentalisation des réseaux sociaux banalise l’utilisation d’enfants soldats, une pratique pourtant interdite par le droit international humanitaire. La viralité de ces contenus risque aussi de normaliser la participation des mineurs aux combats et d’encourager leur recrutement.
Plus largement, cette stratégie numérique révèle l’évolution des guerres contemporaines. Dans le conflit soudanais, les plateformes sociales ne servent plus seulement à diffuser des informations : elles deviennent des outils de propagande et de mobilisation, où l’image du combattant – même mineur – est utilisée pour renforcer le moral des troupes et influencer l’opinion publique.
Pour les organisations de défense des droits humains, la situation souligne l’urgence d’une responsabilité accrue des plateformes numériques. Sans mécanismes de contrôle efficaces, avertissent-elles, les réseaux sociaux pourraient continuer à servir de caisse de résonance à l’exploitation d’enfants dans les conflits armés.






























