La Somalie franchit une étape institutionnelle majeure. Mercredi, le Parlement a adopté une nouvelle Constitution ouvrant la voie, pour la première fois, à l’élection directe des députés par les citoyens. Un changement historique dans un pays longtemps structuré par un système politique indirect fondé sur les équilibres claniques.
Jusqu’à présent, les parlementaires étaient désignés selon un modèle complexe. Les chefs traditionnels nommaient des délégués. Ces derniers élisaient ensuite les membres des deux chambres. Le président était choisi par le Parlement, et non par le suffrage populaire. La réforme rompt avec cette architecture héritée des compromis post-conflit.
Le Premier ministre, Hamza Abdi Barre, a salué une « victoire historique ». Le président Hassan Sheikh Mohamud, fervent défenseur du texte, estime que cette réforme consolide la démocratie et renforce la légitimité des institutions fédérales.
Cependant, l’adoption de la Constitution ne dissipe pas les tensions. Les amendements votés prévoient une prolongation d’un an du mandat présidentiel. Officiellement, il s’agit de permettre la mise en place des nouvelles dispositions électorales. Mais ce report alimente les doutes sur le calendrier initialement annoncé pour juin.
La capacité du pays à organiser un scrutin national au suffrage universel demeure incertaine. La Somalie reste confrontée à l’insurrection du groupe Al-Shabaab, affilié à Al-Qaïda. Actif depuis près de vingt ans, ce mouvement contrôle encore des zones rurales stratégiques et mène régulièrement des attaques, notamment autour de Mogadiscio.
Sur le plan politique, les divergences entre le pouvoir central et certains États fédérés persistent. Les autorités du Puntland et du Jubaland contestent les orientations jugées trop centralisatrices de Mogadiscio. Leurs représentants ont boycotté le vote, dénonçant un processus insuffisamment consensuel.
À cela s’ajoute la situation particulière du Somaliland, qui s’administre de manière autonome depuis 1991 et ne participe pas aux institutions fédérales.
Ainsi, si la réforme constitutionnelle ouvre la perspective d’un suffrage universel inédit, sa mise en œuvre dépendra de la stabilité sécuritaire et d’un compromis politique durable. La transition vers une démocratie électorale directe s’annonce ambitieuse, mais semée de défis considérables.






























