Alors que le Rwanda voisin affiche ses ambitions nucléaires au Sommet de Paris en ce mois de mars 2026, la République Démocratique du Congo (RDC) se retrouve à la croisée des chemins. Pionnière de l’atome en Afrique dès 1959, la RDC possède l’uranium, l’expertise historique et le besoin énergétique. Mais entre un réacteur de recherche à l’arrêt et une diplomatie minérale sous haute tension, Kinshasa peut-elle transformer son sous-sol en souveraineté électrique ?
C’est l’un des paradoxes les plus criants de la géopolitique mondiale. Le sol congolais a fourni l’uranium du projet Manhattan, changeant la face de l’histoire à Hiroshima. Aujourd’hui encore, alors que les puissances mondiales États-Unis, Chine, Russie se livrent une bataille féroce pour le contrôle des minerais critiques, la RDC reste le spectateur de sa propre richesse. En décembre 2025, un nouvel accord sur les minerais stratégiques a été signé avec Washington sous l’administration Trump, mais la question reste entière : pourquoi l’uranium congolais ne sert-il pas d’abord à éclairer Kinshasa ?
Le Centre Régional d’Études Nucléaires de Kinshasa (CREN-K) n’est pas qu’un vestige du passé. Malgré l’inactivité du réacteur TRICO II depuis 1994, le gouvernement congolais a réaffirmé en 2025 sa volonté de ne pas démanteler le site, mais de le moderniser. Sous l’impulsion du Président Tshisekedi, des projets de médecine nucléaire (Rays of Hope) et de radiothérapie ont été lancés pour lutter contre le cancer. Cependant, pour passer de la recherche à la production d’énergie, le saut technologique est immense. Le coût d’un redémarrage complet est estimé à plus de 150 millions de dollars, un investissement que certains partenaires occidentaux observent avec prudence, préférant parfois conseiller le démantèlement.
Le contraste est saisissant : tandis que le Rwanda discute activement avec l’AIEA pour l’installation de réacteurs modulaires (SMR), la RDC semble encore enfermée dans la gestion de ses crises sécuritaires à l’Est. Pourtant, le nucléaire civil pourrait être la clé du développement du Katanga minier. Un SMR installé à proximité des mines de cuivre et de cobalt permettrait de briser le déficit énergétique qui freine l’industrialisation du pays. Sans une réaction rapide, la RDC prend le risque de voir son uranium exporté pour revenir sous forme d’électricité vendue par ses voisins.
En ce début d’année 2026, la diplomatie nucléaire congolaise est sur une corde raide. Si les États-Unis sécurisent les chaînes d’approvisionnement en minerais, la Russie et la Chine proposent des solutions “clés en main” pour le nucléaire civil en Afrique. La RDC, membre de l’AIEA depuis 1961, doit naviguer dans ce nouvel ordre mondial multipolaire. L’enjeu est de transformer les accords de coopération en transferts de technologie réels pour former une nouvelle génération d’ingénieurs atomistes congolais, capables de gérer la sécurité radiologique et la gestion des déchets.
La RDC n’est pas une “table rase” nucléaire ; elle est une puissance atomique en sommeil. Pour le géant d’Afrique centrale, le nucléaire ne doit plus être synonyme de Shinkolobwe et de destruction, mais d’innovation et de lumière. Le véritable défi de 2026 pour Kinshasa n’est pas seulement d’extraire de l’uranium, mais de prouver au monde qu’elle peut le maîtriser pour sa propre émergence. Le Grand Inga restera le poumon de l’Afrique, mais l’atome pourrait bien être l’étincelle qui réveille l’industrie congolaise.






























