L’année 2026 s’ouvre en Guinée sur un séisme politique majeur. Ce vendredi 6 mars, le ministère de l’Administration territoriale a prononcé la dissolution de 40 partis politiques, dont les principales formations d’opposition. Officiellement justifiée par des « manquements aux obligations légales » (notamment le dépôt des états financiers), cette mesure est perçue par les observateurs comme l’acte final d’un verrouillage systématique de l’espace démocratique. Deux mois seulement après l’investiture de Mamadi Doumbouya pour un mandat de sept ans, la Guinée bascule dans une phase de confrontation frontale entre une junte consolidée et une opposition acculée.
La réaction de Cellou Dalein Diallo, leader de l’UFDG, n’a pas tardé. Depuis son exil, l’ancien Premier ministre a diffusé une vidéo virale ce dimanche 8 mars, affirmant que « la guerre est ouvertement déclarée ». En appelant à une « résistance directe », il rompt définitivement avec l’espoir d’un dialogue inclusif. Cette sémantique guerrière marque un tournant : pour l’opposition, le processus démocratique est désormais une voie morte. La question n’est plus de savoir si les élections seront transparentes, mais si l’opposition pourra même y participer, alors que les législatives prévues pour le 24 mai 2026 approchent à grands pas.
Le président Mamadi Doumbouya, dont la victoire avec plus de 86 % des voix en décembre 2025 a été validée par une Cour suprême sous influence, semble avoir opté pour la stratégie du fait accompli. Le passage du quinquennat au septennat, entériné par la nouvelle Constitution, lui offre un horizon de pouvoir à long terme que ses détracteurs qualifient de « présidence à vie déguisée ». En dissolvant les partis, le CNRD (Comité national du rassemblement pour le développement) cherche à éteindre toute voix dissonante avant le scrutin de mai, transformant de fait les législatives en un plébiscite pour le « parti-État » en formation.
Sur le plan juridique, la mise sous séquestre des avoirs des partis et l’interdiction de leurs symboles visent à paralyser toute capacité de mobilisation logistique. Les sièges mis sous scellés et les comptes bloqués rendent toute campagne électorale techniquement impossible pour les formations visées. C’est une mort civile et politique qui frappe non seulement les structures, mais aussi les millions de militants qu’elles représentent. En réponse, l’appel à la résistance directe pourrait se traduire par des journées « ville morte » ou des manifestations spontanées, malgré l’interdiction de rassemblement qui prévaut depuis 2022.
Le climat social est électrique. La Guinée, premier exportateur mondial de bauxite, voit ses richesses minières contraster violemment avec la pauvreté croissante de sa population. Pour Doumbouya, le contrôle total du paysage politique est une condition nécessaire pour sécuriser les méga-projets miniers (comme Simandou) face à l’instabilité. Pour l’opposition, c’est au contraire ce pillage des ressources sous une chape de plomb qui justifie le soulèvement. Cette fracture entre impératifs économiques de la junte et aspirations démocratiques de la société civile place le pays au bord d’une rupture sociale brutale.
La communauté internationale, de la CEDEAO aux Nations Unies, se retrouve une nouvelle fois devant le dilemme du “partenaire nécessaire”. Si la dérive autoritaire est dénoncée à demi-mot, la stabilité de la Guinée reste cruciale pour l’approvisionnement mondial en aluminium. Cependant, le silence ou la timidité des réactions diplomatiques pourrait être interprété comme un blanc-seing par Conakry, encourageant une répression accrue alors que les législatives de mai s’annoncent comme un simulacre électoral.
La Guinée entre dans une zone de turbulences extrêmes. L’appel à la « résistance directe » de Cellou Dalein Diallo est le symptôme d’un pays où les urnes ont cessé de parler. Entre un pouvoir qui verrouille tout par décret et une opposition qui n’a plus que la rue pour s’exprimer, l’année 2026 risque d’être celle de toutes les confrontations. Le rideau de fer qui vient de tomber sur 40 partis politiques pourrait bien être le prélude à un printemps guinéen dont personne ne peut prédire l’issue.






























