Dans un environnement où les groupes armés irréguliers dictent le tempo des combats par l’agilité et la surprise, les armées d’Afrique de l’Ouest font face à un défi existentiel. Le général (2S) Fatai Alli, dans son récent Bulletin de la sécurité africaine de mars 2026, livre un plaidoyer pour une révolution structurelle : la “revitalisation” des unités tactiques intégrées. Pour le général Alli, la victoire ne viendra pas du nombre, mais d’une agilité capable de surclasser celle des insurgés.
Le constat est sans appel : les structures militaires héritées de la période coloniale ou des conflits conventionnels sont devenues des boulets stratégiques face aux groupes armés qui infestent le Sahel et le bassin du lac Tchad. Ces adversaires exploitent une “rigidité hiérarchique” qui rend les forces régulières prévisibles et vulnérables aux embuscades. Pour regagner l’initiative, la doctrine doit muter vers un modèle de modularité radicale.
Le général Alli préconise l’abandon des formations massives au profit d’équipes tactiques de la taille d’une compagnie (100 à 150 hommes), totalement autonomes. Ces unités ne doivent plus être des forces de réaction, mais des prédateurs mobiles. La recommandation est de limiter l’occupation des bases permanentes véritables “aimants à mortiers” pour privilégier des déploiements temporaires de 10 à 30 jours, créant ainsi un climat d’incertitude permanent pour l’ennemi.
L’un des points névralgiques de cette réforme est l’intégration du renseignement (ISR : Renseignement, Surveillance, Reconnaissance) directement au niveau tactique. Trop souvent, l’information se perd dans les méandres de la chaîne de commandement centrale. Chaque unité sur le terrain doit disposer de ses propres capteurs (drones tactiques, imagerie) connectés en temps réel à un centre opérationnel actif 24h/24. Savoir avant de frapper est la condition sine qua non pour contrer les manœuvres de déception des insurgés.
La mobilité opérationnelle est le troisième pilier de cette revitalisation. Pour battre les insurgés sur leur propre terrain (les motos et les pick-ups), l’armée doit se délester. Cela implique une logistique décentralisée : les unités doivent être capables de s’auto-entretenir sur de courtes périodes et de bénéficier de ravitaillements aériens légers. L’objectif est simple : outmatch l’ennemi en vitesse de déplacement et en volume de feu instantané.
Le général Alli ne fait pas l’impasse sur la dimension politique : la revitalisation tactique n’a de sens que si elle s’accompagne d’un renforcement de la confiance avec les populations locales. Les unités intégrées doivent agir comme des protecteurs de proximité. Dans une guerre irrégulière, la population est le terrain ; celui qui la rassure gagne la bataille de l’information.
En ce mois de mars 2026, alors que la menace s’étend dangereusement vers les pays côtiers, ce bulletin sonne comme un avertissement final aux états-majors. La transformation des armées régulières en forces modulaires et imprévisibles n’est plus un luxe intellectuel, mais une nécessité opérationnelle absolue. Les armées ouest-africaines doivent apprendre à redevenir des “guérilleros d’État” pour vaincre l’insurrection.






























