C’est un tournant stratégique majeur que vient de confirmer le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) dans son rapport 2026. En augmentant ses importations d’armements majeurs de 12 % ces cinq dernières années, le Maroc détrône ses voisins pour devenir le premier acheteur d’armes du continent africain. Dans un Maghreb fragmenté par les tensions entre Rabat et Alger, cette montée en puissance redessine la carte de la sécurité en Méditerranée occidentale.
Le rapport du SIPRI souligne un contraste saisissant : alors que le reste de l’Afrique voit ses importations d’armes chuter de 41 %, le Maroc accélère. Désormais 28e importateur mondial, le Royaume ne se contente plus de renouveler son matériel ; il mène une mutation profonde de son appareil de défense. Avions de chasse de dernière génération, systèmes de défense antiaérienne Patriot, drones sophistiqués et navires de guerre : Rabat investit massivement pour asseoir sa supériorité technologique. Le chiffre le plus surprenant du rapport concerne l’Algérie, dont les importations officielles auraient chuté de 78 %. Cependant, les experts du SIPRI invitent à une lecture prudente. Cette baisse apparente pourrait masquer deux réalités :
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L’opacité des contrats : Alger maintient un secret total sur ses transactions, notamment avec ses partenaires russes et chinois.
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Un cycle de livraison : Après une décennie de méga-contrats, l’Algérie pourrait être dans une phase d’intégration de ses équipements plutôt que d’achat.
Malgré cette baisse statistique, la rivalité entre les deux frères ennemis reste le moteur principal de la militarisation de la région. Le différend sur le Sahara occidental et la rupture des relations diplomatiques ont transformé la frontière la plus longue d’Afrique en une zone de surveillance technologique de haute intensité.
La montée en puissance marocaine n’est pas seulement une question de volume, mais de diversification. En s’appuyant sur un partenariat stratégique avec les États-Unis et en normalisant ses relations avec Israël (accords d’Abraham), le Maroc a accédé à des technologies de pointe, notamment dans le domaine des drones et de la cybersécurité, que ses voisins peinent à égaler. Rabat ne se voit plus seulement comme une puissance régionale, mais comme un verrou de sécurité essentiel entre l’Afrique subsaharienne et l’Europe.
L’augmentation de 12 % des achats marocains dénote dans un paysage africain marqué par la crise économique et le surendettement. Si le Maroc a les moyens de sa politique de défense, c’est aussi parce qu’il a su lier sa stratégie militaire à une vision industrielle, en exigeant de plus en plus de transferts de technologie et de maintenance locale.
Enfin, ce leadership marocain marque la fin d’une époque où l’Algérie dominait seule les budgets militaires africains. En 2026, l’équilibre des forces au Maghreb est plus incertain que jamais. Cette course aux armements, si elle garantit une forme de “paix armée”, pèse lourdement sur les budgets sociaux des deux nations. Pour Rabat comme pour Alger, le défi de demain sera de transformer cette puissance de feu en un levier de stabilité régionale plutôt qu’en un moteur de confrontation.




























