Le fossé continue de se creuser entre Bamako et Alger. Alors que des rumeurs de dégel circulaient ces derniers jours, les autorités maliennes ont fermement démenti toute reprise des liens diplomatiques avec leur voisin du Nord.
Ce “non” catégorique de la junte malienne intervient dans un contexte de haute tension, marqué par des accusations réciproques de déstabilisation et la fin brutale, l’année dernière, de l’Accord d’Alger de 2015. En restant sur cette ligne de rupture, le Mali se distingue de ses partenaires de l’Alliance des États du Sahel (AES), qui semblent, eux, avoir opté pour un réalisme pragmatique.
Le contraste est frappant avec Niamey. Après une période de froid intense liée à la gestion des flux migratoires et à l’incident d’un drone malien abattu en zone frontalière, le Niger a officiellement scellé la réconciliation. Le retour des ambassadeurs ce mois-ci et la visite du Général Tiani à Alger ont acté la relance de projets structurants majeurs, notamment le gazoduc transsaharien (TSGP) et des partenariats dans le secteur de l’électricité. Pour le Niger, la sécurité et l’économie l’emportent désormais sur les griefs passés.
Le Burkina Faso, autre pilier de l’AES, emboîte le pas à cette dynamique de normalisation. Ouagadougou vient de conclure un accord économique et énergétique de grande envergure avec Alger, portant sur un investissement d’environ 90,5 millions de dollars (50 milliards de FCFA) pour la période 2026-2028. Ce partenariat cible des secteurs critiques comme les mines et les hydrocarbures, prouvant que l’Algérie reste un partenaire incontournable pour le désenclavement et la souveraineté énergétique des pays du Sahel, malgré les turbulences politiques.
Pourquoi Bamako continue-t-elle de bouder ? Le différend malien est d’une nature plus profonde, touchant à la souveraineté territoriale.
Le Mali reproche à l’Algérie d’offrir une tribune aux groupes rebelles du Nord et a même porté l’affaire devant la Cour internationale de Justice (CIJ). Pour la transition malienne, toute normalisation est conditionnée à une rupture totale d’Alger avec les mouvements signataires de l’ancien accord de paix, une exigence que la diplomatie algérienne, traditionnellement médiatrice, peine à satisfaire pleinement sans perdre son influence régionale. Cette divergence au sein de l’AES pose la question de la cohésion de l’alliance à long terme.
Si le Niger et le Burkina Faso parviennent à tirer profit d’une coopération bilatérale avec Alger, le Mali risque de se retrouver dans un isolement diplomatique coûteux au sein de sa propre zone géographique. Alors que le Sahel cherche à s’unifier pour faire face au terrorisme, ce “maillon manquant” dans la relation avec le géant algérien pourrait fragiliser les efforts de sécurisation transfrontalière indispensables à la région.






























