À la tribune du Conseil des droits de l’homme des Nations unies à Genève, la cheffe de la diplomatie congolaise, Thérèse Kayikwamba Wagner, a livré une intervention d’une rare fermeté stratégique sur la situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Devant les États membres, elle a documenté l’ampleur des violences attribuées aux groupes armés AFC/M23 dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu : plus de 17 000 violations graves des droits humains, 15 000 morts et près de 8 millions de déplacés internes. Une présentation calibrée pour internationaliser davantage la crise congolaise et replacer la question de la responsabilité au centre de l’agenda multilatéral.
Dans un discours articulé autour du triptyque « justice, responsabilité, égalité des États », la ministre d’État a dénoncé l’impunité persistante qui alimente la spirale de violence dans la région des Grands Lacs. « Sans responsabilité, il ne peut y avoir ni justice ni paix durables », a-t-elle martelé, appelant à un ordre international fondé sur le respect du droit et l’effectivité des mécanismes de sanction. Cette ligne diplomatique, désormais constante à Kinshasa, vise à transformer le conflit de l’Est congolais d’une crise sécuritaire régionale en enjeu global de gouvernance internationale.
Au-delà de la dénonciation, l’intervention de la cheffe de la diplomatie congolaise s’inscrit dans une stratégie plus large : mobiliser les enceintes onusiennes pour renforcer la pression normative et politique sur les acteurs impliqués dans la déstabilisation de l’Est de la RDC. En mettant en avant des données chiffrées et des éléments de qualification juridique, Kinshasa cherche à consolider un dossier international susceptible d’alimenter sanctions, enquêtes indépendantes et mécanismes de redevabilité. Une approche qui reflète l’évolution de la diplomatie congolaise vers un activisme juridique assumé.
Cette posture offensive contribue à redéfinir l’image internationale de la RDC, longtemps perçue comme simple théâtre de conflits, désormais acteur plaidant pour la réforme de l’ordre international. À Genève, Thérèse Kayikwamba Wagner a ainsi positionné son pays comme porte-voix des États affectés par des conflits transnationaux et des ingérences armées. Pour Kinshasa, l’enjeu dépasse la crise actuelle : il s’agit d’inscrire durablement la sécurité des Grands Lacs dans le champ des responsabilités internationales, afin que la paix régionale ne dépende plus seulement d’équilibres militaires, mais d’un système global de justice et de droit.





























