La rivalité diplomatique entre le Rwanda et la République démocratique du Congo s’est transportée à Genève. Le 24 février 2026, à l’occasion de la 61ᵉ session du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a sévèrement mis en cause les autorités congolaises.
Dans son allocution, il a accusé Kinshasa d’alimenter un climat de haine ethnique dans l’est de la RDC. Il a évoqué une marginalisation persistante des Tutsis congolais et dénoncé ce qu’il qualifie de « déni du droit à la dignité » pour certaines communautés. Selon lui, le Conseil des droits de l’homme doit condamner clairement les discours incitant à la discrimination et veiller à ce que l’aide humanitaire soit distribuée dans le strict respect de la neutralité et de l’impartialité.
Le chef de la diplomatie rwandaise a notamment pointé une déclaration attribuée au porte-parole des FARDC, le général-major Sylvain Ekenge, diffusée en décembre 2025 à la télévision nationale congolaise. Kigali considère ces propos comme révélateurs d’un discours institutionnalisé. Le ministre regrette l’absence de poursuites judiciaires, estimant que de telles déclarations exposent une communauté entière à des risques accrus.
Au-delà des discours, le Rwanda évoque une situation sécuritaire préoccupante dans certaines zones du Sud-Kivu, notamment à Minembwe. Des villages habités par des Banyamulenge auraient été bombardés et isolés, avec des marchés fermés et des voies d’approvisionnement coupées. Selon Kigali, ces actes traduisent une stratégie d’intimidation ciblée et constituent une violation du droit international humanitaire.
La gestion de l’aide humanitaire constitue un autre point de tension. Le Rwanda accuse Kinshasa de vouloir centraliser et politiser les mécanismes d’acheminement de l’assistance, dans un contexte marqué par les affrontements impliquant la rébellion de l’AFC-M23. Pour Kigali, l’aide ne doit jamais devenir un levier stratégique.
En toile de fond, la question des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) ravive les divergences. Sur X, le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a qualifié ce groupe d’« éternel prétexte ». Kigali, pour sa part, rappelle l’engagement pris par la RDC dans le cadre du processus de Luanda visant à neutraliser cette menace.
À Genève, la tribune onusienne a ainsi servi de caisse de résonance à une crise régionale toujours vive. Malgré les appels à la désescalade, le dialogue entre les deux capitales demeure fragile, tandis que les populations de l’est congolais continuent de subir les conséquences d’un conflit aux multiples dimensions.






























